Les « Apprentis Gbaka », un vrai casse-tête pour les Abidjanais

A Abidjan, nul ne peut se passer de Gbaka (minicar de 18, 22 ou 32 places) ou de Wôrô wôrô (taxis communaux et intercommunaux), deux types de véhicules de transports en commun. Si tu ne possèdes pas de voiture personnelle et si tu ne pratiques pas le co-voiturage, les Gbaka et les Wôrô wôrô sont incontournables. Tel est mon cas au quotidien. J’ai l’habitude d’emprunter les Gbaka lors de mes déplacements. Le 1er Janvier dernier, je répondais présent à l’invitation de mon ami Ali Badra Coulibaly pour fêter le nouvel an. C’était ma toute première grosse fête sur le sol ivoirien !

Après s’être retrouvés au point de rendez-vous (aux 220 Logements d’Adjamé), nous nous rendîmes à Cocody pour honorer de notre présence une autre invitation, avant de finir la soirée dans l’effervescente commune de Yopougon, que les intimes appellent affectueusement. De la pistache au foutou d’igname/banane , en passant par la boulette à l’aloco (la banane plantain frite dans de l’huile d’arachide ou de l’huile de palme) et du poisson/poulet au célèbre Attiéké , sans compter la boisson qui va avec… Les principaux mets de Côte d’Ivoire étaient au menu pour commencer l’année 2018 dans la convivialité.

Au terme de ce moment magique, je devais rentrer chez moi à Cocody 2 Plateaux, un autre quartier d’Abidjan. Là, une autre aventure commençait… Il y avait une marée humaine aux abords des routes, en attente de n’importe quel moyen de transport pour se déplacer, pourvu que chacun puisse rentrer chez soi. Les Gbaka et les taxis communautaires étaient pleins à craquer. Les taxis compteurs étant toujours occupés, mon dernier espoir restait placé sur les Gbaka, avec leurs insolents receveurs appelés communément « apprentis », comme ceux des cars rapides au Sénégal. Il faut noter que les apprentis de Dakar, même s’ils font parfois courir les clients à la descente ou à la montée du fameux car rapide, sont plus respectueux que les apprentis Gbaka d’Abidjan. Mon ami Ladji peut en témoigner, pour avoir fait différents séjours à Dakar.

Le Gbaka n’est pas qu’un moyen de transport, c’est aussi une histoire qui se vit et se raconte. Voici donc ma petite histoire avec ces infrastructures hors-pair et surtout avec leurs « apprentis ».

Comme je le disais ci-haut, je partais fêter le premier jour de l’an 2018 en compagnie de mes amis mondoblogueurs, Ali Badra Coulibaly et Mathias Kouadio. Après une virée nocturne riche en partage, nous nous sommes séparés vers 21 heures car il commençait à faire tard et l’éloignement de mon lieu d’habitation n’arrangeait pas l’affaire.

Le parcours du combattant

Il fallait être persévérant et surtout combatif pour pouvoir monter dans un Gbaka à destination d’Adjamé où je devais ensuite emprunter un taxi pour rentrer chez moi.

Ironie du sort, je suis tombé sur un Gbaka dont l’apprenti m’avait déjà joué un sale tour quelques jours auparavant. Je n’avais pas d’autres choix que de surmonter mon angoisse de faire à nouveau de la route avec lui. La dernière fois, cet apprenti mal poli et insouciant, nous avait tout simplement déposé en chemin lorsqu’il a vu plusieurs clients en attente d’un bus à destination de là d’où on venait, c’est-à-dire Yop City.

Cette fois-ci, il a pris le soin d’échanger avec tous ceux qui étaient à bord de « son avion » comme il disait. Une attention particulière a été mise sur les jeunes filles qu’il a trouvées « toutes belles » en ce jour de fête. A l’entendre parler, on se serait cru dans un film romantique de Novelas TV. Les taquineries à la c*n et les insultes déguisées furent réservées aux hommes. Oui, chacun a eu sa dose.

Avec les apprentis Gbaka, dès qu’on quitte une zone embouteillée, le chauffeur fait rouler son véhicule (un véhicule d’occasion) à tombeau ouvert malgré l’exhortation des clients, surtout des femmes. Une fois, un client a eu le malheur d’interpeller l’apprenti, il a carrément demandé au chauffeur de s’arrêter pour compléter l’air des pneus. Le conducteur a obtempéré comme un élève d’école coranique et en a profité pour aller se soulager à côté d’un magasin de vente.

Quelque minutes plus tard, le client dit à l’apprenti d’appeler son boss pour qu’on démarre et qu’on avance car il commençait à se faire tard et nous ‘tions seulement à mi-chemin du trajet. Tous les clients étaient d’accord… Mais l’apprenti ne s’intéressait pas à notre préoccupation jusqu’à ce qu’il trouve un argument offensif de défense : « vié père, tu te sens pas bien ou tu as faim. Je vais appeler une ambulance pour toi si tu es malade, mais si tu as faim, tu peux faire comme moi ». Il lui tendit alors une cigarette.

Vexé, le client lui dit « répète ce que tu viens de dire si tu es garçon ».

L’apprenti rétorqua en ces termes : « Tu veux me frapper ? Aaah, est-ce que moi, j’ai force ? Tu connais mon chauffeur ? Il va te faire ce qu’il avait fait à un autre client. Tu sais comment? Il l’avait frappé jusqu’ààà ». Tout le monde a éclaté de rire sauf l’apprenti qui faisait semblant d’être serein.

En voyageant j’ai appris beaucoup de choses sur la mentalité des conducteurs de bus et de taxis communautaires ainsi que de tous ceux qui travaillent avec eux (apprentis, démarcheurs et chargeurs, etc.), y compris des clients !

Avant de prendre un Gbaka, il faut s’assurer de la destination finale, demander le prix au receveur et prévoir de la monnaie. Le prix de transport varie selon l’humeur des apprentis ou en fonction de la densité de la circulation. Tu peux payer l’aller à 200 fcfa et le retour à 300 francs et vice-versa. Il ne faut jamais chercher le moindre soucis avec un apprenti, ni l’insulter ou lui porter la main : ils sont très solidaires entre eux et n’ont peur de rien ni personne, apparemment.

Une autre anecdote

J’avais emprunté un Gbaka en compagnie de mon pote Mathias, le 25 décembre dernier pour nous rendre au zoo. L’apprenti a pris le soin de prévenir les clients de vérifier leur argent,  de voir s’ils ont de la monnaie et pas que des billets. Parfois, les passagers n’ont pas de jeton, mais étant pressés et compte tenu de la difficulté d’obtenir un véhicule, ils sont obligés de monter à bord sans se soucier de la monnaie. C’est ainsi qu’une dame a remis un billet de 500f au receveur du bus, pour s’acquitter de son frais de transport qui s’élevait à 150 f. A mi-parcours, le receveur lui dit : « tu t’assois tranquillement et me tends ce billet, où est-ce que je vais trouver la monnaie ? Ça c’est provoquer l’apprenti ». Cette dernière phrase m’a fait bien marrer.

Je ne comprends toujours pas pourquoi, il se pose autant de problème de monnaie (carence de jeton) à Abidjan…

Je serais ravi d’avoir des explications à cet effet, en commentaires si vous en avez.

 

 

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