L’intégration des TIC à l’éducation, une nécessite en Centrafrique

Le 17 mai, le monde entier a célébré la Journée Internationale des TIC. Je profite de cette occasion pour vous parler du besoin des Technologies de l’Information et de la Communication dans l’éducation en République Centrafricaine.

Au cours de la dernière décennie, la connectivité à Internet en RCA a énormément progressé. Les réseaux de téléphonie mobile (qui couvrent désormais une large partie du pays) ont favorisé l’accès à Internet à Bangui (la capitale) au détriment de nombreuses régions reculées. 

La méconnaissance des TIC par beaucoup de centrafricains (surtout dans l’arrière-pays où tout reste à re-construire),  doit nous interpeller. Il faudrait mener une véritable campagne de sensibilisation auprès du grand public afin de l’amener à comprendre toute leur importance dans le processus de développement d’un pays. Cela  passe par une implication plus grande des autorités dans l’intégration des TIC dans tous les secteurs d’activités du pays.

Il est primordial de souligner que, malgré ces difficultés, les TIC semblent être bien perçues par les responsables d’établissements, les éducateurs et les apprenants, (je dis cela d’après ma petite expérience dans l’enseignement supérieur, à l’Institut Supérieur de Technologie/Université de Bangui). Bien que les choses soient difficiles, tant au niveau de l’acquisition du matériel que celui de l’organisation et de la gestion des TIC, des établissements ont acquis du matériel informatique et l’ont mis à la disposition des éducateurs et des apprenants. Ceux du secteur public, qui n’ont pas de moyens financiers, s’efforcent à travers des projets et des dons à acquérir du matériel informatique pour leurs activités administratives.

De nombreuses disparités doivent être corrigées : l’intégration des TIC dans les établissements secondaires publics est trop faible, on notera aussi l’absence d’une politique de formation des éducateurs et des apprenants aux méthodes des TIC, de même, il y a une forte inégalité dans l’accès aux TIC des éducatrices au sein du pays. Le ratio élèves/ordinateur est très faible et il y a une nette différence entre le privé et le public quant aux tentatives d’intégration des TIC ! Et ceci n’est qu’un aperçu des disparités existantes… Il faudra donc agir rapidement si l’on veut harmoniser l’intégration des TIC afin d’éviter une éducation à deux vitesses dans un même pays !

Une salle de classe moderne à l’africaine (cc: google/images)

Plusieurs facteurs bloquent le développement et l’intégration pédagogique des TIC en Centrafrique, cela affaiblit leur accès à une grande partie de la population. On peut noter, entres autres : l’inexistence d’une politique nationale d’intégration des TIC en éducation,  un nombre insuffisant de formateurs en informatique, un service de maintenance inexistant ou moins performant et tout obstacle à l’accès physique aux TIC notamment les fréquentes coupures d’électricité observées en RCA, le coût élevé de la connexion et le faible débit constaté.

Beaucoup d’élèves/étudiants se servent de leurs smartphones pour accéder au web. Trois facteurs expliquent principalement ce comportement :

– le coût élevé des terminaux (ordinateurs et tablettes)

– la faiblesse ou l’inexistence du réseau filaire

– Le coût élevé de la redevance ADSL

Le déploiement de la fibre optique est la meilleure des solutions au problèmes de connexion à Internet. Un compatriote avait montré les possibilités qu’offre la fibre optique en terme de coût à travers une publication accessible ici.

Une réelle volonté d’intégration des TIC existe dans certains établissements de Bangui, mais il y existe trop de contraintes liées principalement à l’accès aux outils et à l’infrastructure.

En effet, qu’il s’agisse des établissements privés ou publics, on note la présence d’au moins un ordinateur sur place. Mais les moyens restent très limités, voire inexistants, pour certains, leurs volonté ont donc du mal à se concrétiser. Il est donc nécessaire que ces établissements aient un budget pour le développement des TIC en leur sein, budget qui pourrait provenir non seulement de l’Etat mais aussi des organismes internationaux, nationaux et des projets montés à cet effet.

Pour surmonter les difficultés constatées, il est important de mener quelques actions  telles que :

  • Une sensibilisation accrue des décideurs politiques (qui se fera, pour commencer, à travers l’atelier de dialogue politique sur les TIC en éducation, avec des utilisateurs de tout genre, et faite à travers des exposés, des conférences, des thèmes développés et réussis grâce aux TIC)
  • Des projets pilotes d’intégration des TIC dans des secteurs autres qu’éducatifs, à savoir la santé, l’agriculture, l’élevage, etc. En effet, si les populations perçoivent l’impact positif des TIC dans des domaines autres que l’éducation, elles seront davantage convaincues de leur importance dans le processus de développement de la RCA. A partir de ce moment-là, les populations pourront plus facilement les intégrer dans leurs comportements et pensées !
  • Une proposition de politique nationale d’intégration des TIC aux décideurs en vue d’amendements et de validation, ce qui permettra une intégration sûre et organisée des TIC dans le système éducatif centrafricain,
  • Des mesures de réduction des effectifs des apprenants dans les salles de classes et de construction d’au moins une salle informatique dans chaque établissement,
  • La modification des programmes des enseignements en vue d’insérer les TIC,
  • La diversification des sources d’énergie en vue d’étendre l’utilisation des TIC au niveau national. Ah oui, il faut profiter de ce que la nature nous offre gratuitement pour répondre aux populations en termes d’énergies. Le gouvernement peu,t par exemple, créer une centrale photovoltaïque. Chaque citoyen doit appuyer le gouvernement dans la recherche des moyens de diversification des sources d’énergies (le réseau électrique actuel ne comble pas les besoins du territoire national, en conséquence son extension aux villes et aux villages de province s’avère indispensable si l’on veut que les TIC soient totalement intégrées aux habitudes éducatives nationales);
  • La réduction des fractures numériques et des coûts d’acquisition du matériel informatique. En d’autres termes, à travers exonération des taxes par exemple, durant une période bien définie afin de faciliter l’importation des outils de NTIC,
  • Toutes ces actions doivent être planifiées et entamées très rapidement, en s’appuyant sur l’expérience des autres pays comme le Rwanda, le Sénégal, la Cote d’Ivoire, etc.
  • L’accès à la dorsale (fibre optique) en vue de la vulgarisation du réseau national doit être enfin effectif (en effet, le projet de connexion par fibre optique de trois pays de l’Afrique centrale à savoir le Cameroun, la Centrafrique et le Tchad, nécessitera des moyens supplémentaires pour l’extension du réseau sur le territoire national).

Tout cela va permettre d’apporter de nouvelles connaissances dans l’intégration des TIC à l’éducation, d’informer les décideurs par un soutien scientifique, de faire connaître la situation de l’intégration pédagogique des TIC en RCA. Il s’agit d’améliorer l’utilisation et l’impact des ordinateurs en milieu éducatif pour atteindre des objectifs d’apprentissage de plus haute qualité. En d’autres termes, faire quelque chose de bon avec les ordinateurs dès qu’une école en dispose !

En vue de concrétiser la mise en œuvre de certaines recommandations fortes, comme la formation des formateurs, la sensibilisation des différents acteurs du système éducatif, les chercheurs doivent convaincre par des articles scientifiques en fournissant des analyses nationales et transnationales sur l’intégration des TIC en éducation et leur utilité pour le pays et son système de formation et d’éducation.

Chers Ingénieurs, passionnés de TIC, etc. centrafricains, vous avez beaucoup à apporter dans l’intégration des TIC tant au niveau de l’éducation nationale que dans d’autres secteurs d’activité. Il est temps de mettre à contribution vos compétences technico-scientifiques au profit de notre pays, la RCA, et que les autorités prennent leur responsabilités en la matière.

 

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