Odilon Doundembi

RCA: Témoignage d’une jeune diplômée sans emploi

« Déjà un an que je suis rentrée au pays après de longues années passées loin de ma famille, de tout ce qui me tient à cœur.

Etant à l’étranger, j’avais du mal à joindre les deux bouts surtout pour trouver du boulot. La preuve, je n’ai pas eu du travail, même pas un stage pendant tout mon séjour au pays Yayi Boni. Je pensais que les choses allaient changer une fois de retour au bercail. Mais, c’est la catastrophe totale!

La Centrafrique est devenue un pays de « As-tu de la relation dans telle structure? » Si oui tu as de la chance pour trouver du boulot. Le pire est lorsqu’on met en place une affiche pour une offre. L’entreprise fait semblant de rechercher quelqu’un pour un boulot bien précis. Vu ton profil, tu peux avoir la chance d’être informé par ton entourage ou il faudra faire le tour des entreprises à  chaque fois (surtout les ONG).

Pour celles là (Ces ONG) on ne peut plus en parler. Car c’est toujours la même histoire. Après avoir déposé ton dossier avec tous les dossiers à fournir, on peut ne pas t’appeler pour le test. Après le test, tu peux même être retenu pour un entretien…Mais fais gaffe à tes réponses surtout lorsqu’on te demande si tu connais quelqu’un de la boite. Il faut toujours dire NON! Si tu y arrives à trouver le boulot, il faut beaucoup remercier ton Dieu car il ne t’a pas oublié si tu es retenu par ton intelligence.

Dans certains cas, les employés locaux de l’entreprise peuvent retenir quelqu’un de leur famille s’ils le souhaitent. Le pire, ils peuvent prendre quelqu’un qui n’est pas du domaine, qui ne connait rien du poste demandé ou un incompétent en puissance. Ils laissent les intellectuels, ceux qui méritent le poste au détriment d’un « handicapé » mental.

Nous, autres, qui n’avons pas de relation ne devons compter que sur nous même.

Dieu merci, je me débrouille dans la mesure du possible pour essayer de joindre les deux bouts tout en gardant l’espoir.

Le reste de ma vie (ma carrière) est entre les mains de Dieu car lui seul a le dernier mot ».


Fonctionnaires malgré tout

En visite en Centrafrique, un représentant des Nations Unies voulait savoir comment vit la population avec plein d’arriérés de salaire.

C’est ce que moi-même ne  comprends pas. Dans ce pays, un fonctionnaire d’Etat peut trimer pendant 1 ou 2 ans sans pour autant  percevoir de moindre salaire, mais continue malgré tout d’aller au travail. Et pourtant « toute peine mérite salaire  » comme on a l’habitude de dire.

On se demande comment fait-il pour mettre en exergue les « 5 verbes » du feu Barthélémy Boganda, Président fondateur de la RCA (« se vêtir, nourrir, se loger, se soigner, éduquer »)? Comment fait-il pour payer ne fut-ce que le transport?

En tout cas, beaucoup de questions y sont en suspens et restent un mystère. La seule chose que je sais, c’est qu’après un mois, deux mois ou trois mois d’arriérés de salaire, il est fort probable qu’un fonctionnaire accepte facilement la chèvre qu’on lui donne et devienne une proie à la corruption de façon dangereuse.

Monsieur le représentant, bienvenue au centre de tous les problèmes d’Afrique où tout est difficile à comprendre sauf chez les populations (excepté moi bien sûr). Eh oui, c’est la réalité du pays de Samba-Panza, pays de toutes les exceptions.

Comment peut-on vivre une vie meilleure si le salaire tombe tous les… je ne sais quand exactement?

A force de s’endetter, les fonctionnaires souffrent lorsqu’ils perçoivent le salaire. Tu as un mois de salaire après trois mois d’arriérés. Le temps de prendre ton argent, la banque a déjà coupé sa part si tu y as contracté du crédit. Il faut également régler le compte des commerçants (qui à leur tour se plaignent de la situation de misère du pays car plus rien ne marche comme avant), des boutiquiers du quartier… sans compter, les enfants, la ou les femmes (cela va de soi), et éventuellement le loyer. Les « maîtresses », les « bureaux » et « tiroirs » du boss, aussi ne vont pas se laisser faire en réclamant leur « droit ». Rire! Les parents du village avec leurs problèmes ont les yeux rivés sur toi, surtout si tu es le seul pauvre fonctionnaire du « royaume ».

On peut vraiment comprendre pourquoi plein de gens, le plus souvent les jeunes diplômés, se contentent de nombreuses ONG implantées ça et là dans le pays. Là-bas au moins ils auront leur salaire chaque mois même si c’est insignifiant et parfois à une durée déterminée.


Centrafrique: le salaire dans l’économie

Quand une personne gagne de l’argent, elle tend à le dépenser  si elle est fortement attirée  à le faire ainsi. L’achat de biens et de services attend son pic  après deux ou quatre semaines.

Dans une société, un village, une ville ou une compagnie où l’Etat est le grand fournisseur d’emploi, la consommation augmente quand on perçoit le salaire.

A Bangui par exemple et dans les petites villes principales, le trafic routier est obstrué au début de chaque mois. Les amis chômeurs et les membres qui rendent visite ont la même chance d’avoir leur part de gâteau. Le lieu de travail et le parlement deviennent vivants. Idem pour les étudiant lorsqu’ils touchent leur bourse d’études: le mois passé ils avaient grevé pour réclamer le paiement de leur bourse. A leur grande surprise, trois mois sont tombés… ils oublient leur misère, le temps de profiter de la période de vache grasse. Ce temps qui dure parfois qu’un, deux jours ou semaine en fonction de chaque étudiant.

Les femmes se font plus belles tandis que les prix augmentent sur le marché.

Avec le maigre salaire qu’il perçoit malgré lui, le Centrafricain n’arrive pas à épargner si bien que c’est seulement au début de chaque mois que tout le pays bouge. Le Centrafricain aime dépenser son argent pour certains par un sursaut d’orgueil, et pour d’autres par suivisme…

Ce maigre salaire suffit pour avoir beaucoup d’enfants, et pour ensuite ne pas trop s’en occuper. Il aime l’alcool comme tout bon Africain du centre (de la zone CEMAC)… solidarité oblige!


Président de la république, un poste à problème

 

Un homme nait, grandit, étudie dans le but d’avoir une vie stable. A un moment donné, on pense à tout ce dont on a besoin (des maisons, des enfants, une ou des épouses, un boulot bien rémunéré, etc.).

Pourquoi tant de gens luttent par tous les moyens pour devenir Président de la republique (Son Excellence…), un poste à problème?

Les réponses à cette préoccupation peuvent ressortir sous plusieurs angles:

Il veut être président juste pour son honneur. Après avoir obtenu tous les diplômes et certifications, travaillé dans les grosses boites, et/ou lutté pour les postes de responsabilité (chef de service, directeur général, ministre…), il lui reste juste ce poste pour bien garnir son curriculum vitae. Ainsi, il pourra être appelé Président pour l’éternité (s’il est au pouvoir ou non).

Il veut être président parce que les « commanditaires » en ont décidé ainsi. Il est leur bras droit, leur homme de confiance, prêt à tout pour défendre leurs intérêts jusqu’au bout et ce, le plus souvent avec bec et ongles. Le jour où il va désobéir aux instructions, ces prédateurs sont déterminés à le faire démettre de son fauteuil par tous les moyens (avec ou sans bain de sang).

J’aurais souhaité qu’on augmente les frais de dépôt de candidature afin de limiter un peu la liste des postulants. Même si ces assoiffés de pouvoir pourraient trouver des « bailleurs, bienfaiteurs ou profiteurs » prêts à les soutenir dans leur quête. C’est la fin qui compte, une fin où ils pourront avoir un retour sur investissement.

L’Afrique a besoin des hommes murs, sages qui ne sont pas avides d’argent car ils auront de lourds fardeaux, un gouffre à combler.

Il ne suffit pas de construire des immeubles. L’Afrique doit développer son énergie, les infrastructures sanitaires, routières et surtout le domaine de l’éducation…sans oublier l’aspect Sécuritaire. Investir dans l’agriculture serait une grande opportunité pour résoudre le problème de famine qui menace l’Afrique.

 


Humour: « opération à cœur ouvert »

La scène se déroule dans un atelier de mécanique.

Le mécano achève de remonter les cylindres d’un moteur quand il aperçoit un cardiologue réputé , les bras croisés, attendant en retrait.

 » Docteur viens voir » crie le mécano.

Un peu surpris, le cardiologue s’avance, alors le mécano se redresse et en s’essuyant les mains, lui dit:

« Docteur, tu vois ce moteur? je viens de l’ouvrir, de démonter les valves et les soupapes et j’ai réparé tout ce qui était défectueux. Bref, je lui ai fait une nouvelle opération à cœur ouvert, j’ai tout refermé et maintenant le moteur tourne comme un moteur neuf. Comment se fait-il que je gagne 25000 Euros par an alors que tu gagnes plus de 500 000 Euros? »

Le cardiologue réfléchit quelques secondes et sourire en coin, dit au mécanicien:

« Essaie de le faire pendant que le moteur tourne… »

Qu’en diront les professeurs, les militaires, les magistrats…

Ne dit-on pas que le monde est illégalement reparti et surtout qu’il est injuste?

Il faut juste faire avec, cher mécano!